clope
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L’habit ne fait pas le moine, il ne faut pas se fier aux apparences, il faut en finir avec les stéréotypes de genre et tant va la cruche à l’eau qu’à la fin tu me les brises. En parlant de genre, il semblerait que le mauvais soit une notion propre à chacun.

Nous étions le samedi que vous et moi venons de savourer ensemble, mais séparément. Adepte des petites popotes entre potes à l’improviste mais aimant savoir recevoir, j’ai pris le Benjamin sous le bras et, mue par cette idée folle d’aller pousser le caddie®, me suis apprêtée à démarrer ma voiture quand soudain, la réalité a pris le pas sur ma motivation.

La radio s’est allumée avant le moteur et il venait de sonner l’heure du goûter et celle du flash de 16h.

« Coronavirus : ruée sur certains rayons des magasins en France »

annonçait le journaliste en charge d’égrener heure par heure le trajet du Covid-19 vers le soleil, via La Catalane.

« Oh fichtre mon enfant, il arrive, hâtons-nous d’aller faire nos courses, ce virus va avoir sacrément faim quand il va arriver.

_ Mais y a plus rien au supermarché du coin.

_ Mais foutaises, ne te fie pas aux apparences, ta mère ne panique pas, ne craint pas de pénurie, mais a faim comme tout le monde et voudrait bien, si les moutons le permettaient, faire ses courses en paix. On va au magasin bio d’à côté. Et de toute façon, j’ai besoin de 5 kilos de farine. »

Si le parking du supermarché qui se jour-là, ne se remplira pas les poches du vidage des miennes, était plein comme un oeuf, celui de la vaste échoppe de la bio m’offrait le luxe de nous garer devant l’entrée, avec comme voisins de gauche et de droite, le vent qui aurait probablement rabattu des portières sur les miennes.

« On voit que c’est plus cher ici, y a dégun!

_ Préjugés mon enfant, c’est un cliché de dire que le bio c’est plus cher que le pas bio. C’est un raccourci trop facile, un peu comme les gens qui ne lisent que les titres des posts sur Facebook sans prendre le temps de lire la date, la source, et encore moins le contenu. Et puis je m’en fous, j’ai la carte fidélité, bientôt, j’aurai un bon d’achat, allez, on y va. »

Effectivement, dans le magasin erraient l’air serein, avec leur petit sac de jute et totebag en lin peigné, ça un jeune couple en botte de fausse fourrure mais vraie mocheté, là un senior à l’air aussi pincé que lorsque je suis constipée, questionnant un employé excédé mais bienveillant sur la provenance du paquet de quinoa des Andes que vous comprenez, « vous êtes hypocrites à vendre des produits qui ont fait 45 fois le tour de la terre plus cher qu’ailleurs sous prétexte que c’est bio. »

Et nous, les pires élèves que la boutique aura accueillis ce jour-là, avec nos sourires, nos baskets en cuir, mon sac en simili puant la pétrochimie et notre contrainte de nous rabattre ici parce qu’ailleurs, y a les autres tarés qui ont vidé tous les rayons.

Je trouve rapidement mon sésame, en l’espèce d’un sac de 5 kilos de farine de bise, demande à l’enfant chéri s’il n’a besoin de rien de cher, bio et sain, m’enquiers de sa réponse négative et l’invite à nous diriger vers la caisse.

Elle était là. Sa ligne d’horizon pas plus haute que la mienne, ses yeux en vitrine comme les miens, aussi large que mon fils était encore un bébé, souriante comme si elle se racontait la même histoire drôle qu’elle oubliait à chaque fois. Elle respirait la bonne humeur et la bienveillance tendance. Et en plus, cerise bio sur le gâteau sans gluten, elle bossait dans un magasin bio, elle devait manger et vivre sain.

Devant nous, probablement une mère et sa fille _ »Mais maman, tu ne sais pas c’est peut-être deux soeurs, ou elles sont en couple, ou c’est deux collègues, arrête avec tes clichés! » avaient étalé tout ce que je ne prendrai jamais pour, je cite « la base de l’alimentation qu’on devrait tous avoir dans nos placards », dont un paquet de meringues au prix inconnu.

Mentalement, je me repassais la recette de celles que j’avais faites moi-même pour le prix de 6 oeufs dont les jaunes avaient déjà été dégustés en crème catalane, 125 grammes de sucre raffiné _ »Mon dieu mais quelle vilainie » et une heure d’électricité en heure creuses de mon four à 100° quand, pour faire patienter le duo, l’hôtesse plaisante:

« Je ne sais pas combien elles coûtent, mais à l’heure qu’il est, je paierais cher pour les manger!

_Oh mais servez-vous hi-hi!

_ Oh non, vous me voyez manger en caisse, ça ferait trop mauvais genre! »

Je choisis de trouver ça drôle moi aussi et pendant que le préposé aux prix inconnus lui soufflait « 5 euros les 10! » avant de négocier un demi-tour et de repartir dans ses rayons, le sourire et celle qui l’arborait hurle:

« HEP NE PARS PAS SI VITE? TU VAS OÙ?

_ En pause, depuis ce matin, j’arrête pas!

_ Ah ouais, et donc moi, ma pause clope, je peux me la carrer! »

Le sourire, la bonne humeur, la patience des deux clientes et une note ultra salée (bio) se sont carapatés en même temps que toutes mes conclusions que j’admets aujourd’hui avoir faites à la va-vite.

Le jeune homme aux prix inconnus et aux pauses clope de ses collègues s’était arrêté dans un soupir, acquiesçant. « Finis la dame et le jeune homme et je prends ta caisse, tu pourras aller cloper. »

Je pense ne jamais être passée en caisse aussi rapidement. Tous les suppositoires mal insérés de la terre doivent en fondre de jalousie.

Lorsque le dernier tiers de ma couvée et moi sommes sortis du magasin bien avant et plus vite qu’un des suppos de la terre, nous avons croisé notre hôtesse.

Je n’ai pas pu m’empêcher de lâcher, en souriant, parce que, d’un passé de fumeuse, ma compassion envers ce plaisir coupable, le système de la récompense que représentais la pause clope, avait pris le dessus, mais que mon actif de cliente un peu expédiée fixait des limites:

« C’est pas bon, c’est pas bio de fumer, et pis ça fait mauvais genre! »

Avec le recul, et celui d’une marche-arrière encore loupée pour insérer ma voiture dans le garage, si je m’en veux d’avoir cru à tout un tas de rumeurs, m’être fiée à tout un tas d’apparences, cédé à des raccourcis faciles, je me dis que c’est tout autant humain que de dire qu’il est plus mauvais genre de manger en caisse que d’annoncer vouloir faire sa pause clope.

Si je retiens la leçon, en revanche, 5 euros les 10 meringues, même bio, ça me le troue.

clope


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3 commentaires


  1. A propos de bio puisqu’il faut que je ramène ma fraise, c’est souvent moins cher qu’en supermarchés classiques. Ma moitié et moi-même constatons des marges hallucinantes sur le bio dans les supermarchés classiques ; nous y achetons fruits et légumes (sans emballages pour rien et ça c’est déjà pas mal).

    Et les meringues bio, rien de plus facile à faire, si tu veux je te file notre recette 🙂

    Des bises covid-19 free pour le moment !

    1. Author

      Pour 4 blancs d’oeufs (bio!) je mets 100g de sucre, je bats, je bats (enfin, je fais battre) et je douille, et alors là, un certain temps à four 100.
      Quand j’ai faim, c’est cuit 😉

      Pour le reste, oui, mais ça reste quand même plus cher que d’aller sur le marché chercher ses fruits et légumes du maraîcher pas forcément bio mais frais du coin 🙂

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