bureau télétravail
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Depuis que nous sommes en guerre contre le nouveau coronavirus, vous et moi avons été promus bons petits soldats pour terrasser cet ennemi invisible. Et pour cela, on nous a fourni tout un arsenal pour le neutraliser tout en l’évitant soigneusement. Et parmi les armes diverses et variées, il en est une que vous semblez découvrir alors qu’elle est la mienne depuis maintenant plus de 10 ans. C’est le télétravail. À travers mon prisme, qui ne vaut que ce que je vous en expose, voici la définition que j’en ai et celle que j’en vois.

Le télétravail c’est quoi?

Depuis que j’ai eu l’opportunité d’en faire mon environnement professionnel, je travaille de chez moi. Tout simplement. J’ai un ordinateur « fixe », un ordinateur portable, un téléphone fixe, un téléphone mobile, un bureau et les fournitures ad hoc. Je suis donc salariée en télétravail, comme la plupart d’entre vous depuis que le confinement vous y incite, lorsque c’est possible.

Je me connecte comme vous pointez, je travaille comme vous, je marque des temps de pause comme vous, à la seule petite différence qu’à la place d’une cigarette, je vais effectivement peut-être étendre une lessive ou mettre un poulet au four, ce qui ne me prendra pas plus de temps qu’il ne vous en aura fallu pour prendre l’ascenseur ou les escaliers, prendre un café au distributeur, fumer votre cigarette et regagner votre poste. Et lorsque mon travail est terminé, je rentre chez moi, et là encore, comme vous, à ce petit détail près que mon trajet est plus réduit que le vôtre et je croise beaucoup moins de monde.

En somme, ma journée de travail ressemble peu ou prou à la vôtre. C’est peut-être pour cette raison que je vois depuis quelques jours sur les réseaux sociaux ou dans les médias des salariés qui semblent découvrir le télétravail, qu’ils en aient rêvé ou l’aient conspué. Les conseils de plus ou moins experts pullulent et renforcent cette idée que c’est la panacée et le lien idéal pour enfin concilier vie professionnelle et personnelle. Pourtant, le télétravail existe depuis plus longtemps que certains d’entre vous, il est d’ailleurs plus vieux que moi.

Ça n’est tout de même pas comme si on l’avait découvert mercredi dernier et mis en place le lundi suivant, à l’image de l’annonce des fermetures d’établissements scolaires et de la possibilité du télétravail.

Ce billet est le premier témoignage que je publie dans la rubrique « Au travail!« 

Si vous souhaitez partager vos expériences, tenter de trouver des solutions ou des réponses, je vous ouvre cet espace pour recueillir vos témoignages.

L’esprit d’échange et de partage d’expériences prime. Le but est avant tout de tenter de trouver des solutions, de l’écoute et de pouvoir décharger les sacs un peu trop lourds du quotidien professionnel.

Il vous suffit de m’envoyer votre texte par mail, ou en remplissant ce formulaire, dont les informations personnelles resteront confidentielles et nous pourrons discuter. Je publierai ensuite avec votre accord et après relecture, vos témoignages, une fois par mois.

Le télétravail c’est comment?

Le télétravail, c’est le travail chez soi ou en dehors du siège administratif de l’employeur. Ni plus, ni moins.

En ce qui me concerne, j’ai un bureau sous l’escalier de la pièce principale de ma maison, avec mon ordinateur fixe. J’ai également un ordinateur portable. Je reçois et passe des appels téléphoniques avec mon mobile ou mon fixe, selon mes envies et les caprices du réseau.

Effectivement, avec le temps, j’ai compris que la meilleure façon de travailler et rester sereine était d’adapter mon environnement de travail en fonction de divers paramètres:

  • dans mon métier, mes tâches vont varier en fonction de l’urgence de l’actualité
  • dans mon métier, mon rythme de travail va varier en fonction des moments de la journée

C’est probablement le seul avantage que je connaisse au télétravail. Je peux commencer plus tôt le matin, pour effectuer des tâches en autonomie, établir mon emploi du temps, anticiper sur le lendemain… Je peux m’isoler à l’étage dans ma chambre pour assister à des réunions, échanger au téléphone ou réaliser des interviews, rédiger au calme… Ou au contraire, dans les moments de la journée où mon foyer vit pleinement, j’aime être dans la pièce à vivre, capter des bouts de conversation, signifier que je suis là au besoin et me sentir présente pour les miens. Mais c’est l’expérience et le fait qu’à ces heures-là, la charge de travail est plus légère qui font que j’ai pu établir cette routine pour garder l’équilibre.

Je ne suis pas certaine que l’exercice temporaire, exceptionnel et relativement improvisé que vous vivez peut-être actuellement puisse vous permettre de travailler aussi sereinement ou d’établir des règles. Ma règle, mais il m’a fallu une dizaine d’années pour l’appliquer, c’est qu’il ne faut pas de règles.

Le télétravail, ça n’est pas ça

Si aujourd’hui, mon trio de poussins a de la barbe et du poil aux pattes, cela n’a pas toujours été le cas et je les ai longtemps eus dans les miennes, parfois assis sur mes genoux tout en modérant des commentaires pour mon ancien employeur. Je sais donc combien il est compliqué de pouvoir travailler quand les enfants sont à la maison.

Si aujourd’hui, je suis en bonne santé et que mon état ne me cloue pas au lit, que ce matin, mon réveil a sonné comme je le lui avais demandé, à l’heure dite, et que j’ai commencé ma journée de travail habillée, lavée et maquillée, il a pu m’arriver d’avoir une panne d’oreiller, quelques minutes de retard ou une bonne grippe et la tentation de sauter l’étape de la toilette, de travailler couchée ou encore en pyjama a parfois été plus forte que la raison.

Si aujourd’hui, ma journée de travail n’a pas été trop stressante, que j’ai pu l’exercer dans de bonnes conditions enchaînant et exécutant les tâches qui m’avaient été confiées tout en gardant un oeil et un pied à la maison, le télétravail n’empêche pas de subir la pression, le doute, la déception, l’agacement, les désaccords ni la pression. Il peut même être la source de leur aggravation.

Le télétravail, ça reste du travail

Dans ces dix ans de télétravail, j’ai connu toutes les configurations, que ce soit le statut sous lequel je l’ai exercé, les missions que j’ai effectuées, les conditions dans lesquelles je l’ai exercé, l’environnement de travail auquel j’ai dû et su m’adapter qu’il soit géographique ou social et familial.

Les enfants ont grandi, nous avons déménagé, certains sont partis et revenus, nous ont quittés, mon employeur et mon statut ont changé, mes collègues et moi avons évolué. Et le télétravail avec.

Les enfants ne sont pas toujours là quand nous télétravaillons. Ils sont parfois trop petits, à l’école, ou même très sages. Si le confinement a contraint certains parents à télétravailler en présence de leurs enfants, je suis encore surprise qu’ils l’aient vécu comme une traversée de l’enfer alors même que la situation est exceptionnelle et qu’aucune condition n’est réunie pour que règne la sérénité. Le confinement est probablement aussi inédit pour les enfants, eux aussi le vivent comme leurs parents, mais l’expriment différemment.

Les télétravailleurs ne sont pas des machines, sont parfois en retard, malades ou très mal lunés. Le télétravail ne protège pas de la coupure de courant qui rend le réveil muet, des virus qui vous plaquent contre le drap housse ni du réveil du très mauvais pied. Croire qu’on a la chance de ne pas se faire gauler par le patron, de travailler bien au chaud sous la couette avec un ordi bouillant sur les genoux ou que notre mauvaise humeur va passer inaperçu est un fantasme. Quand je suis malade, je vais chez le médecin, il me prescrit des médicaments ou un arrêt de travail. Quand je suis en retard, je ne le cache pas et quand je suis de mauvais poil, je préviens mes collègues.

Le télétravail n’est ni cool ni réservé à une catégorie socioprofessionnelle privilégiée. Si les réseaux sociaux sont une fenêtre que certains d’entre vous ouvrent plus ou moins grand sur leurs vies privées, il semblerait qu’après avoir ouvert son frigo, sa salle de bains ou sa maison, la dernière tendance, avec le confinement serait donc de partager soi-même en plein télétravail. Si certains clichés, comme le mien, ne m’ont pas réellement marquée, je dois admettre que la photo du chien sur le canapé, légendé « je savais bien qu’il ce gros patapouf squattait le canapé quand je suis pas là! », soi-même en pyjama, voire déguisé, ordinateur sur les jambes allongé sur un lit ou avec les enfants qui s’entretuent en arrière-plan soigneusement retouché m’ont quelque peu tendu le dos et la nuque.

La surprise la plus totale a été un cliché dont la propriétaire était tellement heureuse de montrer qu’elle télétravaillait depuis le jardin de sa résidence secondaire. Elle se sent chanceuse quand d’autres sont en guerre. Il est parfois des écarts de la société qui me sont trop grands pour que je puisse les relier.

Votre télétravail n’est pas le télétravail

Le télétravail que vous découvrez avec plaisir ou angoisse, je le vis depuis longtemps. C’est d’ailleurs la façon de travailler qui m’a le plus appris: sur moi-même, mes capacités d’adaptation, la gestion de mon stress, ma façon de m’organiser et d’appréhender la notion de travail plus ou moins autonome, mes failles, mes réussites et surtout, mon évolution. Mais comme Rome qui ne s’est pas faite en un jour bien que confinée très rapidement, j’ai créé mon télétravail jour après jour. Et aujourd’hui, je peux enfin l’apprécier et reconnaître que je suis chanceuse de l’exercer, avec son lot de satisfaction et de déconvenues.

Alors je crains que le télétravail tel que vous le vivez actuellement, exceptionnel, improvisé, contraint et parfois inadapté que tout le monde se partage, au point d’en donner une nouvelle définition, de nouvelles règles et une vision biaisée fasse oublier ce qu’il est vraiment: du travail.


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4 commentaires

  1. C’est un très bon papier que je m’empresse de partager.

    Je t’embrasse pour l’usage de « peu ou prou », expression que j’affectionne particulièrement.

  2. Ahah, comme toi, je rigole quand je vois aux infos « la consommation d’écran a explosé ». Je suis auto entrepreneur et j’ai l’habitude de travailler de chez moi, le confinement n’a rien changé à mes habitudes !

    Mais bon, espérons que ça ne traine pas trop longtemps….

    A bientôt,
    Line de https://la-parenthese-psy.com/

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