ustensiles batch-cooking
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« Tu verras, le Thermomix, c’est le robot idéal pour le batch-cooking« 

C’est vrai, quand en quelques heures d’affilée, de préférence le dimanche, on peut cuisiner tous les plats de la semaine, pour éviter de décongeler un plat surgelé ultra-transformé, manger sain, varié et équilibré, tout en libérant du temps chaque midi et soir pour sa famille, c’est tentant de s’adonner à cette tendance du batch-cooking.

Gagner du temps, pour en passer plus à profiter des siens, ou prendre soin de soi, se faciliter la vie tout en répondant aux règles édictées par les réseaux sociaux et les médias, c’est beau. C’est même à la limite de ce à quoi on tend toutes et tous: la perfection.

Mais la perfection a un prix: que fait-on de ce temps gagné? Et le bonheur dans tout ça?

Cuisine comme à l’usine

Dimanche dernier, en fin de journée, le soleil grattait encore quelques minutes à la lune et moi à mon semblant de routine:

  • après une grasse-matinée;
  • une part de gâteau aux pommes caramélisé en guise de déjeuner (ici, on ne brunche pas le dimanche, on bouffe ce qu’on a envie à l’heure de nos estomacs, soit les restes de la veille, soit un bol de chocolat chaud avec des tartines, soit… ce qui reste dans le four, pour le brunch, voir avec les gens de la capitale);
  • une lessive étendue (ça va, c’est pas le bagne, on n’est pas la mère Denis);
  • une petite balade au bord de la mer pour dénicher des branches de bois flotté que la première vague de vacanciers avait déjà prélevées
  • je me faisais grave chier.

Alors je me suis dit « Tiens et si je batch-cookais? Oh oui, comme les mères parfaites, les Caroline Ingalls des temps modernes, les Bree Van de Camp catalanes! »

J’ai donc sorti l’artillerie lourde, je cuisinerais jusqu’à la nuit tombée s’il le fallait, mais on mangerait sain et équilibré toute la semaine, on serait tous tellement heureux.

Au bout d’un gratin de choux fleur plus cru que cuit, nappé d’une béchamel plus cramée que réussie, parce qu’en même temps, je faisais des crêpes et oubliais un kilo de saucisse fraîche du boucher au four, j’ai décidé que le batch-cooking pouvait allait se faire foutre, mais bien, bien profond.

Je me suis retrouvée frustrée, en pétard, et mon trio mange en silence un gratin croquant, cramé, de la saucisse carbonisée et on n’est que mardi soir.

Du temps en plus pour les autres

Je ne m’avoue pas vaincue, un jour viendra où le batch-cooking et moi seront amis pour la vie et que j’en ferai des livres. Pour l’heure, ce qui m’intéressait aussi, dans cette cuisine en masse, c’était le gain de temps. Le temps, c’est précieux. Et quand on est parents, en terme de préciosité, les enfants se posent là. Forcément, on le leur donne quand on le gagne.

« C’est super comme ça, le midi, je peux aller récupérer les enfants à la cantine pour qu’ils mangent à la maison, ils sont plus détendus et ça me coûte moins cher! »

« Le soir, c’est super, je n’ai plus à penser au repas, alors je peux prendre plus de temps pour faire les devoirs avec les enfants, je suis moins énervée! »

« Franchement, le soir, au moins, je peux faire le ménage, au moins, le samedi, je suis tranquille, je peux amener les enfants à la danse et à la piscine, c’est tellement mieux. »

Si le batch-cooking avait été inventé plus tôt, combien de burn-outs maternels auraient été évités!

Du temps pour soi pour en faire encore plus

« En fait, du temps pour cuisiner, j’en ai, je bosse de chez moi, les enfants sont grands et ont moins besoin de moi, le Conjugué m’aide à la maison, donc le Thermomix, c’est surtout pour me dégager du temps à moi. »

Du temps pour soi, je pense qu’il s’agit du Graal de la femme de notre ère. Aux heures où on n’a de cesse de nous dire de penser à nous, de déculpabiliser, d’apprendre à lâcher prise sur un quotidien trop rempli. Alors quand on se retrouve avec du temps perdu, on le prend pour soi.

On le prend pour se mettre ou se remettre au sport plus régulièrement, seul, chez soi ou entre copine à la salle de sport.

On le prend pour un bon bain moussant, bien chaud avec la bougie parfumée, le gommage bio et le petit canard.

On le prend pour abattre cette pile à lire qui traîne depuis cet été, ceux à lire sur la plage, à la sieste ou l’hiver dernier.

On le prend pour aller boire un verre, puis deux, puis douze et mettre huit jour à s’en remettre.

On le prend pour commencer un bullet journal, une aquarelle, un pull en kit, une couverture au crochet, la méditation, le yoga, un roman, une liste de toutes ces choses qu’on veut faire avant de crever.

Gagner du temps pour ne plus en avoir, en somme.

Gagner du temps pour culpabiliser

Aujourd’hui, si on veut gagner du temps, on le peut. Partage des tâches, assistants techniques du ménage, de la cuisine, garde d’enfants, nouvelles tendances à la gestion du quotidien, ce gain est à la portée de toutes et tous.

Et pour autant qu’il soit si précieux d’en gagner, ce sera toujours plus, parce que la dernière tendance, c’est de gagner du temps pour ne rien faire.

S’ennuyer, voire se faire chier.

C’est exactement ce qui m’est arrivé l’autre dimanche. Et plutôt que d’apprécier le moment du néant, avant même de faire l’étoile de mer sur le canapé, le premier sentiment qui a pris toute la place entre les coussins est la culpabilité, teintée d’une légère angoisse. « Merde mais qu’est-ce que je vais pouvoir faire là, avant de manger? »

J’ai mentalement visité ma maison, pièce par pièce, pour dénicher ce qui pouvait dépasser, était en bordel, sale ou en attente.

Et comme tout était nickel, je me suis rabattue sur les miens. Ils avaient sûrement besoin de mes services. J’ai passé en revue les chambres, sans oser déranger un qui dormait, l’autre qui avait le casque sur les oreilles, quand le dernier ne m’a même pas entendue quand j’ai poussé la porte du garage qu’il était en train de ranger.

Alors j’ai culpabilisé. Tout le monde était occupé sauf moi.

Je ne suis pas prête à l’accepter, et je me demande si, après avoir tellement cherché à gagner du temps, l’avoir si chèrement payé, on est réellement prêts à profiter de ce temps pour ne rien en faire et de fait, en savourer les bienfaits, faire fructifier tout ce temps qu’on aura épargné.

Alors, le batch-cooking, toujours tentant?


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13 commentaires

  1. Je batch-rien et j’ai trouvé plus simple depuis bientôt 10 ans.
    Quand je cuisine un plat type bourguignon, rougail, tajine, je le fais pour 5 et je congèle le surplus en unidose comme à l’époque où la grande est partie à la fac. Le jours de flemme chacun pioche à sa guise le menu qui lui convient ou se fait des nouilles ou des tartines on s’en tamponne tant qu’on mange ensemble.
    Et sinon je glande sans scrupule.

    1. Author

      C’est l’avantage d’avoir eu plein d’enfants: on garde le sens aigü des proportions, c’est comme ça qu’ici, bien souvent, on mange du gratin dauphinois pendant 4 jours 😀

  2. Un jour, je devais avoir une dizaine d’années, ma mère (sorte d’hybride entre feu la Mère Denis justement et Roboco), m’a dit : Prends l’habitude de faire D’ABORD les trucs chiants avant de t’amuser… Pas tombé dans l’oreille d’une sourde comme on dit : 40 ans plus tard, j’ai toujours pas fini ma to-do-trucs-chiants-liste… Mais probablement qu’une fois à l’Ephad je pourrai m’éclater.

    1. Author

      Ahaha pareil ici, quand j’étais gamine, les devoirs: toujours les maths en premier.


  3. Perso non, oui cuisiner comme à l’usine, ne me tente pas. Ceci dit, les enfants sont petits encore, alors ce serait un bon compromis pour avoir du temps …

    1. Author

      Je peux comprendre quand on a des enfants « dépendants » (et c’est bien normal), qu’on cherche à gagner du temps sur ce qui en prend le plus, mais c’est dommage de se priver d’un plaisir!

  4. J’y ai pensé au batch cooking figure-toi… Mais loooooooool, non. Je refuse de perdre ma journée dans la cuisine. Ça m’arrive par contre de cuire les bestioles achetées au marché pour ne pas qu’elles restent crues dans mon frigo et oui, ça évite d’avoir à s’en occuper en rentrant du boulot.
    Depuis quelques semaines, quand je rentre du taf, selon le besoin, je fais un peu de courses mais dans tous les cas, je pose mes fesses et je me mate un truc sur Prime. Après, je checke les devoirs. Et pendant que je suis sur Prime, les enfants se détendent de leur journée au collège ou au lycée. Et on ne mange plus à 19h. 😁 (je me rééduque)

  5. Tu as tellement raison… Ras-le-bol de ces injonctions de gagner du temps, pour en faire toujours plus ensuite… le pire dans ton exemple, c’est que tu n’as même pas pu profiter du temps libre que tu avais réussi à te libérer, et que tu t’es sentie obligée de devoir t’activer à une nouvelle tâche… perso, je préfère cuisiner, le faire bien, le faire « en pleine conscience », réellement absorbée à ce que je suis en train de faire plutôt que le faire en mode travail à la chaîne !

    1. Author

      Oui! Et surtout, reprendre goût à ce qu’on fait, un vrai plaisir! Et même, lorsque ça devient une habitude, et que tout est basé sur ça, le jour où c’est impossible à réaliser, comment on fait?

  6. Même pas envie d’essayer… j’ai encore le souvenir de la préparation le dimanche des repas bébé pour la semaine. Je passais tout mon dimanche matin en cuisine.
    J’étais heureuse quand ils ont enfin mangé comme nous !
    En plus, quand on te dit 2h en cuisine… souvent ça se termine par 4h minimum (donc la demi-journée).
    J’ai trouvé plus pratique, comme je mange à la maison le midi, quand je cuisine je fais pour deux et je congèle.
    Et le soir, je cuisine 3 soirs dans la semaine, le 4ème on mange les restes et le 5ème c’est pizza (faut se faire un peu plaisir).

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