beauté
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« Acceptation de soi mon cul ouais! »

C’est exactement en ces termes que j’ai répondu à l’esthéticienne chargée de la mission quasiment impossible de rendre à mes jambes leur douceur d’antan qui me demandait de séparer mes deux cuisses, en gros, d’écarter les jambes pour qu’elle puisse me dépoiler les cuissots.

« Acceptation de soi mon cul ouais! Autant je me suis régalée de m’empiffrer pendant les fêtes sans déplacer mes fesses ailleurs qu’entre le lit et le canapé, autant aujourd’hui, sur le ventre, je dois écarter les jambes pour décoller mes cuisses l’une de l’autre pour que vous puissiez m’épiler!

– C’est bien grâce au fait qu’on est loin de s’accepter telle qu’on est que nous autres avons du pain sur la planche! »

Eh bien j’ai un scoop: je suis loin de m’accepter telle que je suis et surtout, je suis convaincue que je suis loin d’être la seule.

Parlons peu, mais parlons poids

C’est un fait. Pendant les congés de fin d’année, j’ai profité du vieux cliché du « faut manger quand il fait froid » alors qu’on n’est pas passé en dessous des 10 degrés depuis l’hiver dernier, du très fameux « tu as le droit de ne rien faire sans culpabiliser », et du très tendance « et alors tu as grossi, on s’en fout, aime-toi comme tu es, même si tu ne fais pas un petit 36, la cellulite, c’est pas moche, c’est normal, et de toute façon, H&M, ça taille petit! ».

En gros, j’ai pris du cul, des cuisses, du menton et des bras. Et hier soir, bêtement, pour au plus la 15e fois de toute ma vie, je suis montée sur la balance, je dis bêtement parce que c’est une application de fitness qui me le demandait avant de me proposer un programme personnalisé pour seulement 2 euros 46 par mois. Depuis la pesée chez le gynécologue en juin, j’ai donc pris de mémoire 4 kilos.

Le seul fait de télécharger une application de fitness aurait dû me mettre la puce à l’oreille: je n’accepte pas ces kilos en plus, que je traite de trop. La pesée a achevé de me convaincre: non, je ne m’accepte pas.

Parlons peu, mais parlons peau

Adolescente, je n’ai eu que très peu d’acné, et n’ai jamais eu besoin ni envie de prendre soin de ma peau ni de me maquiller. J’ai même longtemps conchié les filles au collège et plus tard au lycée qui arrivaient plâtrées du front au cou, qui profitaient des intercours pour aller se repoudrer le nez ou repeindre les lèvres. « Moi vivante, jamais je me maquillerai, il faut être belle au naturel, c’est être esclave et tromper les gens sur sa vraie beauté le maquillage, et c’est cher, je préfère m’acheter des clopes et des Mentos, ouais! »

Depuis cinq ans, mes dentifrice, peigne et déo se disputent la meilleure place dans le placard avec la crème de jour, le soin tonique après démaquillage, la trousse dudit maquillage remplie de cosmétiques, l’éponge konjac et du lait pour le corps, sans oublier l’Eau Précieuse « de maman ».

Le seul fait de me perdre sur des tutos make up ou cosméto sur YouTube aurait dû me mettre la puce à l’oreille: je n’accepte pas mon teint vieillissant, ni l’acné du SPM. Mon dernier achat d’une crème raffermissante a achevé de me convaincre: non, je ne m’accepte pas.

Parlons peu, mais parlons poils

J’ai commencé à me raser les mollets à l’âge de 12 ans, pour faire comme ma soeur aînée, et comme les grandes de 3e. Je me souviens m’être sentie comme membre du club des femmes, plus des filles. Les règles et les seins ont suivi, mais ne m’ont pas autant procuré cette sensation de passage à l’âge que je considérais alors comme adulte. La lame, ça ne pardonne pas. Je suis rapidement devenue dépendante de mes poils poussant sans arrêt plus drus après chaque passage du rasoir, montant toujours plus haut.

Chaque fin d’hiver, je me dis que je me donnerai plus jamais le coup de rasoir du printemps qui sonnera le rythme effréné de la lame tous les deux jours pour préserver cette douceur que le monde entier nous envie depuis qu’on est tout petit: avoir la peau lisse et douce, autant que celle des bébés que nous avons été. Pour autant, deux tendances se disputent le haut du pavé: l’épilation intégrale et l’acceptation du poil. Alors que choisir?

Le seul fait de préférer l’esthéticienne à mon vieux rasoir aurait dû me mettre la puce à l’oreille: je n’accepte toujours pas mes poils. La jeune cliente de 13 ans aux sourcils et à la lèvre supérieure glabres passée juste avant moi a achevé de me convaincre: non, nous ne nous acceptons pas toutes.

Parlons peu mais parlons paradoxe

J’entends partout que la femme doit se libérer des dictats de la beauté, de la mode, qu’elle doit cesser d’être dure avec elle-même, de  cesser de « souffrir pour être belle », assumer ses rondeurs, sa cellulite, son double-menton, ses petits nichons, ses cicatrices, ses points noirs ou encore ses poils, et dans le même temps, sur les mêmes canaux, je me vois vanter les miracles de telle crème anti-vergetures, les bienfaits de la dernière ventouse pour déloger cette vilaine cellulite, offrir 50% sur le dernier régime amincissant et la première séance d’épilation au laser offerte pour l’achat d’un abonnement sur l’année.

Je ne me défausse pas sur les médias ni les réseaux sociaux, je n’accepte pas mon corps. Mais je sais que cette ambivalence à laquelle je suis exposée au quotidien, qu’elle provienne de la télé ou de la culture dans laquelle j’ai été élevée et qui peine à évoluer ne m’aide pas à assumer qu’il vieillisse, s’affaisse, grossisse, me laisse tomber, mes vieilles convictions et idéaux de jeunesse et moi.

J’ai 46 ans, trop de poils, de kilos et une vieille peau et si en surface, je crâne, sous la graisse, les taches brunes et le duvet au menton, je ne m’accepte pas.

Le seul fait de voir passer cette toute jeune fille fraîchement épilée chez l’esthéticienne a fini de me convaincre: je ne suis pas la seule.


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4 commentaires


  1. Coucou,
    Je découvre ton blog via Blogs Campus et je comprends tout à fait ce que tu veux dire dans ton article…en tout cas, la société moralisatrice et lanceuse de diktats à encore de beaux jours devant elle…
    Des bisous
    Audrey
    https://pausecafeavecaudrey.fr

    1. Author

      Oui, moralisatrice, je commence à en avoir un tout petit peu marre, et je suis polie 🙂


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